C’est la fin les amis !

Voilà voilà… ça fait des mois maintenant que je repousse l’écriture de cet article mais ça devient difficile de le retarder encore donc je me lance !

Je devais revenir vers vous suite au dernier article sur la « santé » de la société en septembre 2018 « Bilan des pré-commandes automne/hiver 2018-19 (à retrouver ici).

Pour ceux qui ne l’ont pas lu, en résumé : j’ai jeté un peu toutes mes dernières billes (financières et morales) dans cette dernière collection Automne/hiver 2018-19 avec un investissement énorme (pour ma petite société !!) de 40 500€ !! Fin octobre, dans cet article, je me demandais si j’arriverais à bien vendre bien cette collection. Jusqu’à cet hiver, j’avais toujours été prudente dans mes dépenses de production (avec un budget de 18 000€ en moyenne à chaque collection). Mais là, j’avais décidé de prendre un risque un peu fou. « Ça passe ou ça casse ! » Si ça passait, c’était le moyen de développer un peu plus la marque. Du cash qui m’aurait permis de faire plus de modèles pour cet été, plus de coloris, des choses différentes comme des chemises, des pantalons,…

Gros challenge ! Gros stress également… C’est beaucoup d’argent à avancer pour une micro-société comme la mienne. Le risque de tout fermer si ça ne se vend pas bien. Une décision réfléchie, certes, mais dangereuse !

Alors ??? Résultat des courses 7 mois après le lancement des pré-ventes d’hiver ? J’ai vendu les 2/3 de la collection. J’ai quasiment terminé de payer la production mais l’engouement n’a pas été celui que j’espérais.

Ai-je été trop optimiste ? J’avais commandé 1000 pièces. Et, comme je j’expliquais dans l’article sur les pré-ventes, des pièces chères, travaillées, risquées, avec un investissement important en recherche et développement pour arriver à faire de la grosse maille en 100% lin, des points de maille particuliers, du jacquard, …

Me serais-je plantée dans la collection ? Formes, couleurs ? Certaines d’entre vous m’ont dit ne pas aimer les cols roulés, ou encore les coloris choisis,… C’est vraiment très compliqué de prendre des décisions de style car il faut en même temps : être intemporel (ben oui, vu le prix, il faut que le style corresponde à un maximum de personnes ! Déjà que mes clientes ne sont pas non plus hyper nombreuses…), mais être dans l’air du temps ! Etre classique mais quand même original ! Etre consensuel, mais en gardant une identité forte ! Bon… vous avez compris, c’est un défi impossible en fait…

Les quantités importantes imposées par les usines portugaises (300 pièces par modèle et par couleur pour les pièces comme les robes et tee-shirts et 150 pour les grosses mailles) m’empêchent de proposer plus de modèles et plus de coloris. Et les usines françaises pratiquent des prix tellement élevés pour le tricot en 100% lin que c’est quasiment impossible de fabriquer ici (voir transparence du prix du petit pull fin made in France ici).

En novembre, n’ayant donc pas autant vendu que ce que j’espérais, je n’ai donc pas pu lancer de collection pour cet été. Il faut dire que j’avais été très échaudée par les difficultés rencontrées pour financer ma collection.

** Petit interlude / Retour en arrière sur le financement de ma collection d’automne/hiver pour ceux que ça pourrait intéresser :

Il y a 1 an, n’ayant pas les fonds nécessaires à la production, qu’il faut payer, évidemment, quasi en intégralité avant la livraison (et même une partie 8 mois avant pour l’achat du fil), j’ai réfléchi à plusieurs solutions pour rassembler cette trésorerie.

Je me suis d’abord dit que j’allais essayer de trouver un investisseur. Espérant naïvement pouvoir lever une somme qui m’aurait permis de développer vraiment la marque – 250 000€, je me lance avec un organisme qui aide les marques ayant un projet social et/ou solidaire à se développer. Après avoir travaillé pendant une journée ensemble, les personnes de l’organisme me confient que mon projet ne trouvera pas d’investisseur. Trop risqué (je suis seule et tout dépend donc de moi, une jambe cassée est c’est le dépôt de bilan !), un modèle économique qui n’a pas fait ses preuves (eh oui… je remets du cash depuis 5 ans chaque année pour faire tourner la machine) et une situation trop fragile (des fournisseurs pas fiables, trop peu de clients, une cible trop restreinte,…).

Changement de stratégie : je vais faire un mini business plan et le présenter à ma banque ! 15 000€, ça s’emprunte non !? J’ai passé 3 mois (mars-avril-mai) à faire un business plan avec un prévisionnel et tout le tralala. Un texte pour présenter mes futures orientations et développements. Mais non, 2 lignes de mon banquier envoyées par e-mail me prouvent clairement qu’il n’a même pas pris la peine de lire les tableaux et la présentation travaillée et peaufinée avec acharnement pendant des mois. Sachant que depuis 2013, je n’ai pas été à découvert une seule fois et que je n’ai jamais raté un seul remboursement de mon prêt de départ, je n’ai pas trop compris cette fin de non-recevoir. La BNP, je ne vous ferai jamais de pub !!

J’ai fini par demander à un membre de la famille proche de me prêter la somme, que, depuis, je rembourse chaque mois !

Fin de l’interlude / Retour dans le présent **

En 2014

Je me retrouve donc aujourd’hui (fin mars), sans collection d’été, sans vraiment de budget pour lancer une collection d’hiver 2019-20 et surtout sans l’énergie que j’avais au début de l’aventure JUSTE, en 2013 et 2014. Il faut dire que mon énergie s’est étiolée au fil des années, avec les difficultés de financement, les retards de production, les déconvenues avec mes divers fournisseurs qui finissent en général par me dire que mes quantités ne sont pas intéressantes, les commentaires que je retrouve systématiquement sur les prix trop élevés,…

D’une façon générale, je vois beaucoup de petites marques se lancer depuis 2 ou 3 ans. Je suis partagée entre un sentiment d’optimisme car le secteur de la mode éthique bouge énormément ces dernières années et le constat qu’aucun projet que je voie naitre ne me parait aller jusqu’au bout des choses. Du made in France mais sans certification, bio ou Oeko-tex, sans transparence réelle de la chaine de production. Des grosses machines de commerce équitable du bout du monde (comment vérifier que les milliers de travailleurs sont respectés et bien payés comme annoncé sur le papier quand on n’est pas sur place ? Surtout quand on connait les systèmes de sous-traitance qui sont systématiquement utilisés par les grosses usines mais aussi par les PME). Du bio du bout du monde aussi, dont on ne voit jamais les certifications ? Je ne sais que penser non plus du polyester recyclé qu’on retrouve de partout et qui a beaucoup plus la cote que les matières naturelles ? Aujourd’hui, on ne jure plus que par les mélanges de matières comportant du polyester recyclé. Qu’est-ce que cela consomme comme énergie pour le recyclage ? J’ai lu que c’est une matière qui ne peut pas être ré-utilisée une fois transformée en vêtement. Est-ce que le polyester recyclé pollue l’eau à chaque lavage, comme le polyester ? Et parlons du seconde main ! Erigé en modèle absolu en matière de mode éthique, le graal de l’écologie pour la plupart des personnes qui ont décidé de changer leur manière de consommer. Même si cela permet de donner une seconde vie aux vêtements déjà achetés, on ne prend pas les problèmes à bras le corps : les matières premières qui empoisonnent les sols et les rivières, les esclaves du textile, le travail des enfants, les matières synthétiques polluantes, les colorants non respectueux utilisés pour la teinture, la santé des travailleurs du textile,… Certes, plus d’achat de seconde main = moins d’énergie utilisée pour la fabrication. Mais les camionnettes qui roulent comme des fous en ville et dans les villages pour distribuer tous ces achats faits online, ça en consomme de l’énergie !

On s’assoit sur l’idée de créer une mode plus respectueuse en déclamant que le seconde main est l’achat textile le plus écologique ! Et comme je le disais dans mon article sur le défi « Rien de Neuf » ici, si même les personnes hyper soucieuses de l’environnement et écolos n’achètent pas aux petits entreprises comme la mienne qui se battent pour repenser l’industrie du textile de 0, en gros, comment survit-on ?

En 2016

Bref, tout ça tourne et tourne dans ma tête de façon un peu obsessionnelle et depuis trop longtemps !!

Après 6 ans de montagnes russes émotionnelles, il est temps de laisser la place à d’autres entrepreneurs, d’autres marques qui ont une belle énergie à donner à leur projet !

Tout ça pour vous dire ça ! J’ai décidé de refermer le volet La Révolution Textile pour m’envoler vers d’autres horizons (encore inconnus ceci dit !). Il est temps de tirer ma révérence et d’accepter le fait que mon rêve de créer l’entreprise parfaite de demain avec un modèle économique vertueux et des produits fabriqués dans une éthique impeccable ne verra pas le jour.

Ne vous méprenez pas ! Je suis super fière d’avoir pu faire aboutir de ce projet (soigneusement monté pendant 18 mois pour qu’il soit le plus éthique possible) et d’avoir tenu 4 ans et demi, avec des hauts et des bas commerciaux. Je suis super fière d’avoir pu trouver de la reconnaissance auprès des médias, de mes clientes, beaucoup de soutien et d’encouragements !

Mais si je fais un calcul très simple, en 5 ans, je ne me suis pas payée une seule fois, j’ai validé péniblement 5 trimestres de retraite et je n’ai pas connu de vacances sans ordinateur… J’ai tout donné pour cette entreprise, mon temps, mon énergie, mes économies, ma jeunesse (ah ah non quand même pas :)) et, soyons réaliste, La Révolution Textile est une goutte d’eau dans l’océan.

J’avais comme ambition de révolutionner l’industrie de la mode, et, 6 ans après, j’ai l’impression d’être noyée au milieu d’une multitude de petites marques qui boostent certainement l’économie de la mode éthique mais qui ne révolutionnent pas non plus cette industrie super polluante et esclavagiste. Mon message, en créant La Révolution Textile, était avant tout de consommer moins mais mieux, de faire ses achats en toute conscience et de mettre un coup de pied aux grandes marques qui se foutent bien de la planète et de ses habitants. Et ensuite de construire, à partir de 0, toute une chaine de fournisseurs responsables, labelisés et locaux. De communiquer sur eux en toute transparence, avec des textes, des photos, en donnant leur nom et leur location. Remonter toute la chaine à partir de l’agriculture de la matière première a été un gros défi. La plupart des entreprises que j’ai contactées n’ont pas suivies et n’ont même pas compris mon projet alors (back to 2013).

Être « sans concession » a de gros inconvénients : les magasins ne vous achètent pas (trop cher et pas assez de choix), la marge est insuffisante pour vous permettre d’en vivre et de toute façon, la plupart des personnes trouvent que ce que vous faites est trop cher ! Donc, au final, il aurait peut-être valu plus de concessions et une marge plus grosse pour moi et pour les revendeurs ! Mais on ne se refait pas hein !

Donc voilà… j’espère ne pas avoir plombé votre moral ! Le mien s’est allégé d’une tonne lorsque j’ai pris la décision d’arrêter.

J’ai une dernière chose à vous demander : avant de dissoudre JUSTE, j’ai besoin de rembourser un maximum de dettes contractées depuis 6 ans. J’ai encore des emprunts qui courent actuellement. Les emprunts de départ pour lancer la société + des liquidités que j’ai dû remettre dans la société pour pouvoir relancer des productions chaque année. N’hésitez pas à faire un tout dernier achat, une relique, un souvenir ! Et vous serez dans mon cœur pour toujours !! 🙂

Il reste aujourd’hui environ 800 pièces à shopper sur le site ! Faites-vous plaisir !!