Linda, notre styliste sensible au made in France


Linda travaille pour JUSTE depuis sa création en 2014. Elle a dessiné tous les modèles des collections. Nous avons visité ensemble la bonneterie JEAN RUIZ afin de rencontrer l’équipe et de contrôler la production des vêtements en lin. Styliste-modéliste est un travail technique et aussi artistique car il faut non seulement dessiner le modèle mais le corriger lorsqu’il nous revient en prototype jusqu’à ce qu’on obtienne ce que l’on recherche.
Linda est très sensible au Made in France, comme elle l’explique dans létape qui lui est dédiée, au choix d’une belle matière première comme du lin ou de la laine d’origine française et également à une mode responsable.

Quel est ton métier ?

Je suis styliste de formation. J’ai élargi mon métier à celui de modéliste car la création n’est rien sans la connaissance technique qui permet de la mettre en forme. Cela permet aussi de penser plus « large » et d’anticiper les futures problématiques dans la création de vêtements. C’est une manière de créer « en pleine conscience ». Ma devise : la Main et le Cerveau. Au fil des années, mon rôle a également évolué en tant directrice de collection me permettant de diriger des équipes de jeunes stylistes et modélistes.

Pourquoi, comment as-tu choisi ton métier ?

Je viens d’un milieu modeste, d’une famille d’émigrés qui a fui la guerre. Ma mère était très bonne en couture ce qui lui a permis de trouver du travail. Elle a travaillé 20 ans pour une maison de couture tout en restant à domicile pour élever ses enfants. Notre vie n’était pas rose, mais c’était magique de voir des morceaux de tissu se transformer en robes somptueuses à travers les mains de ma mère. J’ai vite pris le pli, et une fois adulte, j’ai intégré une école de mode à Paris.

Pour quel autre métier tu en changerais ?

J’aime la création sous toutes ses formes. Mon autre passion est la pâtisserie. On y retrouve de la technicité, et c’est une forme de création qui évolue selon les époques et les saisons tout comme la mode. On peut créer de merveilles visuelles, éphémères, avec le goût en plus.

Quel est ton parcours ?

Après le bac, j’ai passé le concours pour intégrer l’Ecole Supérieur d’Arts Appliqués Duperré en 1998. J’en suis sortie 4 ans plus tard avec mon diplôme de mode en poche et les félicitations du jury. J’ai voulu expérimenter tous les domaines de la mode : le vêtement féminin basique, mais aussi le cuir et le travail des peaux, la lingerie-corsetterie, le balnéaire, la maille, les costumes d’hommes, les vêtements pour enfants… Bref, je suis allée m’enrichir dans tous les domaines qui m’intéressaient. On peut dire que je suis polyvalente. J’ai également créé ma propre marque et ouvert ma boutique. Les difficultés économiques et le contexte des dernières années m’ont plutôt poussée à créer pour d’autres maisons.

Décris-nous ta journée type !

Chaque jour est différent, mais voici un exemple :
La création d’une collection de vêtement nécessite beaucoup d’étapes et il est important de garder ces différentes étapes en tête.
Quand je me lève, j’ai déjà un plan précis du travail que je vais effectuer tout au long de la journée. Tout d’abord je prends le temps d’un copieux petit-déjeuner en répondant à mes mails. Puis je me prépare (soit pour aller travailler sur place en entreprise, soit de chez moi). Lorsque je suis en entreprise je commence par coordonner le travail de mon équipe, puis le mien. Je garde toujours un œil sur le planning de la collection qui est crucial. En général, je commence la journée de travail par tout ce qui concerne l’organisation, la gestion ou l’administratif, puis, dès que c’est possible, je me concentre sur la création et la mise en forme qui est un travail plus agréable mais qui nécessite calme et tranquillité d’esprit. J’essaie d’être très efficace et de terminer ma journée de travail à une heure convenable, de manière à garder du temps pour moi le soir : soit pour cuisiner un dîner avec mon mari, soit pour ma séance de sport.

En quoi crois-tu ?

Cela peut paraître pompeux mais j’affectionne les principes du bouddhisme. Et j’aime beaucoup ce qu’on appelle les « huit membres du noble sentier octuple » :
1. la compréhension juste
2. la pensée juste
3. la parole juste
4. l’action juste
5. le mode de vie juste
6. l’effort juste
7. l’attention juste
8. la concentration juste

Qu’est-ce que tu voudrais voir changer dans le monde ?

J’aimerais que chaque personne de chaque pays, qu’il soit homme ou femme, puisse accéder à la connaissance et à l’éducation. Car chaque prise de conscience commence par l’éveil de l’esprit et la connaissance. Je regrette que certaines personnes n’utilisent pas cette chance.

Quelle est la personne qui t’inspire ?

Mon mari. Il est designer et a une sensibilité rare pour les belles choses. Je l’admire car nous avons une façon de créer totalement différente : son trait de crayon est pur, propre, précis et maîtrisé, alors que le mien est dicté par mon inconscient, plus large, moins contrôlé, plus expressif. Ce qui est amusant car dans la vie, c’est tout l’inverse.

Quelle est la mode que tu aimes ?

Pour moi c’est la mode « intemporelle ». C’est contradictoire avec le concept de mode éphémère, mais un vêtement qui paraît toujours beau 10 ou 20 ans après sa création prend tout son sens à mes yeux.

Qu’est ce qui te donne confiance dans l’avenir ?

Je ne sais pas ce qui me donne confiance en l’avenir, peut-être mon instinct…? Ou simplement l’envie d’avoir confiance.